L’histoire des bijoux Karen : l’argent au cœur d’un savoir-faire vivant

Dans les montagnes du nord de la Thaïlande, le travail de l’argent est aujourd’hui étroitement associé aux artisans Karen. Bracelets martelés, grandes bagues, boucles d’oreilles, colliers et pièces aux lignes contemporaines témoignent d’une maîtrise du métal qui continue d’évoluer.

Mais l’histoire des bijoux Karen est plus riche et plus nuancée que l’image d’un artisanat simplement « transmis à l’identique depuis des siècles ».

Les documents ethnographiques anciens montrent que l’argent occupait déjà une place importante dans les parures de certaines communautés Karen au début du XXe siècle. Les recherches plus récentes montrent également que cet artisanat s’est transformé au contact des échanges commerciaux, des migrations, des villages voisins et de nouveaux marchés.

C’est justement cette capacité à évoluer qui fait aujourd’hui toute sa richesse.

Création de bijoux artisanaux Karen, au nord de la Thaïlande

Qui sont les Karen ?

Le nom Karen désigne plusieurs populations apparentées vivant principalement au Myanmar et en Thaïlande.

Il ne s’agit donc pas d’un groupe parfaitement homogène.

Parmi les principales communautés présentes en Thaïlande figurent notamment les Sgaw et les Pwo, avec leurs propres langues, traditions vestimentaires et pratiques culturelles. Les travaux du Sirindhorn Anthropology Centre montrent d’ailleurs que les différences entre communautés peuvent être importantes, même lorsque celles-ci sont regroupées sous l’appellation générale de « Karen ».

Certaines populations se désignent elles-mêmes par des noms tels que Pga K’nyau ou Paganyaw.

C’est pourquoi nous préférons parler du peuple Karen ou des communautés Karen, même si l’expression « tribu Karen », très répandue, reste encore largement utilisée.

Des bijoux présents depuis longtemps dans la culture Karen

Artisanat et bijoux Karen Les bijoux et ornements ont depuis longtemps une place visible dans la culture matérielle de différentes communautés Karen.

Un ouvrage ethnographique publié en 1922 décrit notamment des bracelets et des chevillères en argent, des ornements portés dans les oreilles et différents éléments de parure façonnés à partir de métal.

Chez certains Sgaw Karen, des ornements d’oreilles en argent particulièrement imposants étaient utilisés. Des bracelets pouvaient également être réalisés à partir de pièces de monnaie martelées.

L’argent constituait donc bien une matière importante dans certaines parures.

Il faut cependant éviter d’en conclure que tous les Karen fabriquaient eux-mêmes tous leurs bijoux.

Comme beaucoup de savoir-faire artisanaux en Asie du Sud-Est, les techniques circulaient entre villages, artisans et commerçants.

Une histoire faite d’échanges

Les communautés du nord de la Thaïlande n’ont jamais vécu dans un monde totalement isolé.

Karen, Hmong, Akha, Lahu, Lisu ou populations des plaines ont échangé des matières, des objets et des techniques.

Une étude consacrée aux Pwo Karen du nord de la Thaïlande montre par exemple qu’à la fin des années 1960 certaines boucles d’oreilles en argent étaient achetées auprès de marchands, tandis que des bracelets pouvaient localement être façonnés dans de l’aluminium.

Les artisans savaient donc adapter les matériaux disponibles à leur environnement et à leurs moyens.

Cette faculté d’adaptation est importante pour comprendre l’artisanat Karen : une tradition peut être ancienne sans être immobile.

Huai Tom, un centre important du travail de l’argent

L’un des exemples les mieux documentés est celui de la communauté de Phra Bat Huai Tom, dans la province de Lamphun.

Une étude universitaire consacrée spécifiquement au métier de bijoutier en argent dans cette communauté décrit la fonte de granules d’argent, la réalisation d’un bloc de métal, son laminage en plaque puis le travail de cette plaque pour créer les formes désirées.

La même étude raconte également un épisode très intéressant de l’histoire récente de cet artisanat.

En 1980, un programme de soutien au travail de l’argent aurait concerné dix-huit participants, avec l’appui de structures de développement locales et de l’UNICEF. Les artisans ont par la suite constitué leur propre groupe et poursuivi leur activité de façon autonome.

Ce détail remet en perspective l’idée d’un artisanat qui serait resté absolument inchangé.

Le savoir-faire Karen contemporain s’est aussi construit par l’apprentissage, les rencontres et le développement économique des communautés.

Des formes traditionnelles aux créations contemporaines

Bijoux thailandais - Bijoux Karnen L’étude menée à Huai Tom révèle également que certains modèles étaient proposés par des intermédiaires qui fournissaient l’argent aux artisans.

Les artisans les reproduisaient, puis pouvaient conserver ces formes dans leur répertoire.

En parallèle, certaines formes étaient identifiées comme propres aux traditions Karen, notamment des bracelets en spirale ou certains ornements d’oreilles ouverts à leur extrémité.

Cette coexistence est passionnante.

Elle montre que l’artisanat n’est jamais un musée.

De nouvelles formes apparaissent, tandis que certains gestes, certaines techniques et certaines manières de travailler le métal continuent d’être transmis.

Le bijou Karen aujourd’hui

Aujourd’hui, les artisans créent aussi bien des bijoux inspirés de formes anciennes que des pièces très contemporaines.

L’argent peut être martelé, poli, brossé, poinçonné ou patiné.

Certains bijoux sont sobres et graphiques. D’autres conservent des motifs plus marqués.

C’est précisément ce mélange qui nous plaît chez Omyoki.

Nos collections thaïlandaises ne cherchent pas à reproduire à l’identique les bijoux d’autrefois.

Nous préférons travailler avec le savoir-faire de nos artisans pour imaginer des bijoux adaptés à notre époque, tout en conservant la présence de la main et la personnalité du métal.

Les bijoux Karen Omyoki

Notre histoire avec les artisans Karen a commencé par des rencontres.

Fon et Lek ont tout d’abord croisé notre route à Bangkok. La communication n’a pas été immédiatement simple, mais le temps, les gestes et les sourires ont fait leur travail.

Puis sont venus les voyages dans le nord de la Thaïlande.

Plus tard, une autre rencontre à Chiang Mai, celle d’Hansa, a permis d’explorer de nouvelles associations entre travail de l’argent et pierres naturelles.

Cette relation directe avec les ateliers est essentielle pour Omyoki.

Derrière chaque bijou, il y a une personne, un geste et souvent plusieurs étapes de travail.

C’est ce que nous souhaitons continuer à raconter.

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